La Banque Mondiale en Afrique: Entre Assistance et Contraintes Sous-Jacentes

16/10/2024

Written by Madiba Club

L’Afrique, continent d’une diversité et d’une richesse culturelle, historique et écologique exceptionnelles, fait face à des défis de développement parmi les plus complexes et les plus pressants de la planète. Dans ce contexte, la Banque mondiale, l’une des plus grandes sources de financement pour le développement, joue un rôle crucial. Cet article vise à explorer le rôle de la Banque mondiale dans le développement des pays africains, en examinant à la fois les types d’interventions, les réalisations et les critiques associés à ses dernières

Objectif de la Banque Mondiale

Créée en 1945 à la fin de la Seconde Guerre Mondiale suite aux accords de Bretton Woods, la BM est une institution financière internationale accordant des appuis financiers dont des prêts à des pays en développement pour des projets d’investissements. Initialement, son objectif visait à soutenir l’Europe et le Japon dans leurs efforts de reconstruction après-guerre. Avec le temps, il a cependant été adapté afin de mieux correspondre aux exigences contemporaines de ses membres. Désormais, comme toute entreprise, cette dernière dispose d’un mission clairement énoncée « Mettre fin à l’extrême pauvreté et stimuler la prospérité sur une planète vivable. ». À travers une panoplie d’interventions financières, techniques et consultatives, cette institution multilatérale vise à soutenir les efforts des pays africains pour surmonter leurs obstacles au développement, améliorer le bien-être de leurs populations et atteindre les objectifs de développement durable (ODD).

Des mécanismes d’interventions variés

La Banque mondiale intervient dans les pays en développement à travers divers mécanismes et programmes destinés à promouvoir le développement économique et social. Ses interventions peuvent être classées en plusieurs catégories dont la première est le système de prêts. La Banque dispose de deux sous organismes, la Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD) et l’association internationale de développement (IDA), qui fournissent tout deux des prêts aux pays dans le besoin. L’IDA offre des prêts et dons à faible coût aux pays les plus pauvres, visant à réduire la pauvreté. La BIRD, elle, fournit des prêts à des conditions de marché pour les pays à revenu moyen et les pays à faible revenu solvables, ciblant le développement économique. Selon leur site officiel, pendant l’année 2023, la Banque mondiale a approuvé des prêts d’un montant de 12 milliards de dollars pour la région Afrique de l’Ouest et Afrique centrale au titre de 73 opérations, dont 564 millions de dollars d’engagements de la BIRD et 11,4 milliards de dollars d’engagements de l’IDA. Dans ces 12 milliards, 28% concerne l’administration publique, 15% l’énergie et industries extractives et 11% la protection sociale.[1] Ces prêts sont accordés sous certaines conditions comme le risque de surendettement, le revenu national brut (RNB) par habitant et de la solvabilité pour emprunter à la BIRD.

Bien que moins courantes, les subventions sont également un mode d’intervention pour des projets dans des domaines tels que la protection de l’environnement, la lutte contre les maladies et les crises humanitaires, en particulier dans les pays les plus pauvres où le remboursement de prêts serait difficile.

La BM fournit également une assistance technique et des conseils stratégiques aux pays membres pour les aider à concevoir et à mettre en œuvre des réformes politiques, économiques et sociales. Cela inclut le renforcement des capacités institutionnelles, l’amélioration de la gouvernance, et le développement de stratégies de réduction de la pauvreté.

Des résultats nuancés

Dans le cadre de son processus d’intervention, la Banque mondiale effectue une évaluation approfondie des besoins de développement du pays en question. Par la suite, elle élabore un cadre de partenariat pays (CPF), qui détaille les domaines prioritaires d’intervention pour une période donnée. Une fois les priorités définies, la Banque mondiale développe des projets spécifiques destinés à adresser les besoins identifiés dans le CPF. Ces projets, s’élevant au nombre de 600 sur le continent, peuvent couvrir un large éventail de secteurs, tels que l’éducation, la santé ou l’infrastructure. De manière générale, le soutien de l’organisation révèle une contribution significative au développement économique et social africain. Les projets financés ont souvent eu un impact positif en termes d’amélioration de l’accès aux services de base, de renforcement des capacités institutionnelles, et de promotion d’une croissance économique plus inclusive. Par exemple, le projet axé sur l’autonomisation économique des femmes et le dividende démographique au Sahel (SWEDD) a permis la disponibilité et l’accessibilité financière des services de santé génésique, à renforcer les centres spécialisés de formation de sages-femmes en milieu rural ou encore à améliorer les services infirmiers.[2] Le programme SWEDD a bénéficié à ce jour à plus de 2 millions de jeunes filles. Il s’étend, au-delà du Sahel, dans neuf pays, avec des financements de la Banque mondiale d’un montant total de 680 millions de dollars.

En revanche, bien que l’utilité de ses actions soit reconnue, nombreuses sont les voix qui dénoncent les erreurs et les échecs des interventions de la Banque mondiale. L’efficacité de l’institution a parfois été mise à mal par des problématiques de gouvernances, des défis d’adaptation aux contextes locaux spécifiques, et la nécessité d’une plus grande implication des communautés bénéficiaires.

Une institution souvent critiquée

La Banque mondiale a été l’objet de diverses critiques au fil des ans notamment sur la conditionnalité des prêts, mentionné précédemment. En effet, elle impose souvent des conditions strictes aux prêts qu’elle accorde, exigeant des réformes économiques et politiques. Ces conditions, telles que la privatisation de services publics et la réduction des dépenses publiques, ont été critiquées pour avoir exacerbé la pauvreté et l’inégalité dans certains cas. La question de la souveraineté est également soulevée car une institution externe limite la capacité des gouvernements à définir leurs propres politiques économiques et sociales. En outre, la Banque mondiale est souvent pointée du doigt pour avoir contribué à maintenir les pays africains sous un fardeau de dette perpétuel, ce qui les empêche de parvenir à une véritable indépendance économique et les enchaîne à un cycle de dépendance et de vulnérabilité financière.[3]

L’institution a été créée par les Etats-Unis et ses alliés comme moyen de monitorer le monde sur le plan économique sans l’influence du marché financier, suite à la crise financière des années 30. De ce fait, ces pays et principalement les Etats-Unis disposent d’une influence significative sur l’organisation compte tenu de leur capacité de blocage mais également de leur poids important dans l’actionnariat. Toutefois, en 2010, une réforme de l’actionnariat a eu lieu afin d’accorder une meilleure représentativité des pays en développement. En augmentant le nombre de voix de base, la BM a cherché à renforcer l’influence des pays membres dans les décisions de l’organisation, potentiellement pour mieux refléter l’évolution de l’économie mondiale et accorder plus de poids aux pays en développement ou émergents.

De plus, malgré que l’utilité de ses actions soit reconnue, l’institution est confrontée à de nombreuses critiques en ce qui concerne son approche. Les solutions proposées par la Banque mondiale pour le développement ne tiennent pas suffisamment compte des spécificités culturelles, sociales, économiques et politiques de chaque pays ou région bénéficiaire. Par exemple, au début des années 2000, le Kenya a bénéficié d’une aide pour soutenir l’éducation, avec l’objectif d’améliorer l’accès à l’éducation primaire et secondaire et de renforcer la qualité de l’enseignement. Néanmoins, une approche standardisée de l’éducation a été employée. Cette dernière ne tenait pas compte des divers besoins éducatifs des communautés locales ni des défis spécifiques du système éducatif kényan, comme le manque d’enseignants qualifiés et les disparités régionales en termes d’accès à l’éducation.

Vers un engagement plus inclusif et adapté

En résumé, la Banque mondiale joue un rôle ambivalent dans le développement de l’Afrique, avec des contributions significatives au progrès économique et social mais aussi des défis liés à la conditionnalité des prêts et à l’adaptabilité de ses stratégies. Les critiques mettent en lumière le besoin d’approches plus inclusives et adaptées aux contextes locaux. Pour améliorer son efficacité en Afrique, la BM doit favoriser une collaboration plus étroite avec les communautés bénéficiaires et respecter davantage les spécificités de chaque pays en leur attribuant plus de marge de manœuvre. Une telle évolution est essentielle pour soutenir un développement durable et équitable sur le continent.


By Christelle Bento Gomes , Manager Team Communication


[1] Rapport annuel 2023. (s. d.-a). World Bank. https://www.banquemondiale.org/fr/about/annual-report

[2] Principaux résultats. (s. d.). Swedd. https://www.sweddafrica.org/principaux-resultats

[3] CADTM. (2023, 20 octobre). Comment le FMI et la Banque Mondiale tiennent l’Afrique sous le joug de la dette – CADTMhttps://www.cadtm.org/Comment-le-FMI-et-la-Banque-Mondiale-tiennent-l-Afrique-sous-le-joug-de-la

Getting to Know the World Bank. (2022, 28 mars). World Bank

https://www.worldbank.org/en/news/feature/2012/07/26/getting_to_know_theworldbank#:~:text=The%20World%20Bank%20was%20established%20in%201944%20to%20help%20rebuild,in%20the%20world%20are%20members.

Photo by Susana Vera, https://www.euronews.com/green/2023/10/13/new-world-bank-president-signals-that-time-is-up-on-billion-euro-subsidies-for-fossil-fuel

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