
L’échiquier géopolitique mondial est le théâtre d’influences multiples, où chaque acteur international tisse des liens stratégiques pour façonner son rôle dans le monde. Au cœur de ces relations complexes, l’influence de la Russie sur les pays d’Afrique se dévoile, créant des alliances de toute sorte.
Malgré la présence d’autres acteurs mondiaux, la Russie joue un rôle significatif dans cette dynamique, créant une toile complexe de discussions politiques et d’échanges commerciaux. Ce travail explore donc les détails de cette influence russe.
INFLUENCE DIPLOMATIQUE
La diplomatie est depuis bien longtemps un outil servant à exercer une influence. Elle se caractérise de plein de façon différentes mais les plus communes sont les propositions d’aides financières, l’aide à la gestion de crises ou encore la création de coalition. Le but de cette pratique est l’obtention de nouveaux alliés politiques et/ou économiques, de laquelle découle énormément d’autres avantages tels que des accords commerciaux ou des coopérations en matière de sécurité[1].
Dans le cas de la Russie, elle exerce bien une influence diplomatique sur le continent africain et le meilleur exemple pour l’illustrer est le sommet Russie-Afrique. Les délégations de 49 pays africains, dont 17 chefs d’États, étaient réunies à Saint-Pétersbourg les 27 et 28 juillet 2023 dans le cadre du deuxième sommet organisé par le pays de Poutine. L’objectif de cet événement était plutôt clair : faire de l’Afrique un allié de la Russie sur le long terme et ce, sur tous les aspects possibles. Pour ce faire, Vladimir Poutine a commencé par souligner les séquelles du colonialisme en Afrique, en particulier au niveau économique, tout en exprimant l’engagement de la Russie à alléger le fardeau de la dette des nations africaines. Des efforts significatifs ont été annoncés, avec l’effacement d’une partie de la dette d’une valeur totale de 23 milliards de dollars en plus d’une allocation de 90 millions de dollars pour réduire ce fardeau[2]. Ensuite, les dirigeants africains ont mis en avant l’importance de la coopération en matière de sécurité, y compris la sécurité alimentaire. En réponse à cela, la Russie a promis la livraison gratuite de 25 à 50 tonnes de céréales dans 6 pays d’Afrique avant 2024[3].
En outre, plusieurs leaders africains ont plaidé en faveur d’une résolution pacifique de la crise ukrainienne, soulignant l’importance des négociations et du dialogue conformément à la Charte des Nations Unies. Le président Poutine a réaffirmé la disposition de la Russie à négocier et à résoudre les différends par la voie diplomatique. Plusieurs accords et déclarations ont été signés, notamment sur la prévention de la course aux armements dans l’espace et la coopération en matière de sécurité.
Pour finir, le chef d’État russe a partagé ses plans pour renforcer sa présence diplomatique sur le continent. Cela a donné lieu à la mise en place d’un nouveau mécanisme de sécurité russo-africain permanent axé sur la lutte contre le terrorisme et l’extrémisme ou encore le renforcement du réseau de centres russes de sciences et culture. L’objectif est de faciliter l’ouverture d’ambassades et de consulats africains en Russie, avec la perspective de lever le régime des visas avec les États africains. Les dirigeants africains ont salué le soutien du Kremlin dans la lutte contre le terrorisme, soulignant les bénéfices pour la démocratie et la sécurité dans des pays tels que la République Centrafricaine ou le Mali.
Pour résumer, plusieurs éléments de la diplomatie ont été utilisées ici tel que le fait de se liguer contre un ennemi commun (l’Occident et son colonialisme), l’aide économique, la signature de plusieurs accords de coopération et l’aide à la gestion de crise.
INFLUENCE MILITAIRE
La Russie exerce également une influence militaire sur l’Afrique. L’Institut des Hautes Études de Défense Nationale (l’IHEDN) a mis en lumière le fait que cette influence s’articule autour de 2 axes principaux : l’aspect étatique, initié par la signature de nombreux accords bilatéraux de défense depuis 2015 et renforcé par le sommet de 2023, et l’utilisation d’acteurs non étatiques, à l’instar du groupe paramilitaire Wagner. Ce dernier, dont la présence en Afrique est “validée et accompagnée” par Moscou, opère dans des domaines variés, allant de la sécurité à l’économie, devenant ainsi le “principal marqueur de la présence russe en Afrique”, comme le soulignent les chercheurs Maxime Audinet et Emmanuel Dreyfus.
La stratégie de la Russie, qualifiée de “plutôt agressive dans les pays francophones”, vise à exploiter des failles historiques et des sentiments anti-français présents en Afrique francophone. Par conséquent, les activités de Wagner s’étendent à des pays vulnérables, comme la République Centrafricaine ou encore Madagascar. Néanmoins, la récente mutinerie au sein du groupe Wagner, dirigé par Evgueni Prigojine, soulève des préoccupations quant au coût réputationnel pour la Russie en Afrique. Les gouvernements maliens et centrafricains expriment leur inquiétude, soulignant les liens étroits entre Wagner et les structures d’État, et la nécessité pour la Russie de proposer des alternatives pour maintenir la stabilité politique et sécuritaire dans ces pays[4].
INLFUENCE MEDIATIQUE
En ce qui concerne l’influence médiatique, celle-ci s’adresse directement à la population et non aux dirigeants. Cette dernière a de ce fait pour but de rallier le peuple à sa cause et ses idéologies. De nos jours, cela se fait en passant par les réseaux sociaux et les médias traditionnels tels que la télévision et la radio, en diffusant des messages de propagandes, des informations concernant l’actualité du pays en question et du contenu de divertissement issu du même endroit.
Pour la Russie, un rapport de l’Institut sud-africain des affaires internationales (SAIIA) montre que cette présence médiatique en Afrique s’inscrit dans une stratégie globale visant à contrer les efforts américains de diffusion de valeurs démocratiques et à promouvoir les intérêts commerciaux russes. Moscou en crée aussi des campagnes hyper-partisanes qui soutiennent le rôle de la Russie sur le continent tout en critiquant d’autres acteurs étrangers.
Les médias les plus utilisés sont les réseaux sociaux avec des comptes RT ou Sputnik qui ont un succès grandissant. En effet, la croissance spectaculaire des abonnés à la page Facebook de RT France en Afrique en témoigne. Entre novembre 2017 et janvier 2018, le nombre d’abonnés est passé de 50.000 à 850.000. De plus, le même rapport de (SAIIA) indique qu’environ 4.000 sites d’informations en Afrique republient du contenu provenant de médias soutenus par le Kremlin.
ENTRE COOPÉRATION ET NÉOCOLONIALISME
À la fin du compte, la Russie adopte une approche globale, combinant diplomatie, médias et influence militaire pour étendre sa présence en Afrique. Ceci soulève des questions quant aux véritables intentions de ce pays : “Vont-ils reproduire ce que l’Occident a fait ?”, “Cela aboutira-t-il à une véritable coopération ou au néocolonialisme ?” Cela suscite également des interrogations sur la manière dont les nations africaines navigueront dans ce paysage complexe d’influences concurrentes. Il est alors pertinent de se demander quel impact cette influence croissante aura sur l’émancipation et le développement économique et social du continent africain.
RÉFÉRENCES
Audinet, M., Dreyfus, E. (2022). La Russie au Mali, une présence bicéphale – Institut de recherche stratégique de l’école militaire.
-Delcorde, R. (2019). La diplomatie d’influence. https://www.defnat.com/e-RDN/vue- article.php?carticle=22154
-IHEDN. (2023, July 4). Présence russe en Afrique : une stratégie bicéphale – L’IHEDN : Institut des hautes études de défense nationale. https://ihedn.fr/2023/07/04/presence-russe-en-afrique-une- strategie-bicephale/
-Le Drian, J. (2021). Feuille de route de l’influence. France Diplomatie – Ministère de l’Europe et Des Affaires Étrangères; France Diplomatie. https://www.diplomatie.gouv.fr/fr/le-ministere-et-son- reseau/missions-organisation/feuille-de-route-de-l-influence/
-ISSAfrica.org. (2023). Russia-Africa summit: what was in it for Africa? – ISS Africa. ISS Africa.
https://issafrica.org/pscreport/psc-insights/russia-africa-summit-what-was-in-it-for-africa
[1] (Delcorde, 2019)
[2] (Ruisseau, 2023)
[3] (TASS, 2023)
[4] (IHEDN, 2023).